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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 15:04

Un jour, un inconnu vint à Tahar, et lui dit : « Je viens d’une tribu appelée Lamnasra, près de Safi. Le fils du Qaïd de notre circonscription était à dos de cheval sur son chemin de retour chez lui lorsqu’il a rencontré par hasard Âmmy Daoud quelque part entre Chiadma et Âbda. Il a trouvé dans le panier de Âmmy Daoud trois robes qui l’ont vraiment éblouis. Âmmy Daoud a eu peur, car il savait que c’était le fils du Qaïd. Alors le fils du Qaïd lui a dit : ‘N’ai pas peur, Âmmy Daoud ! Je vais te payer pour ces robes. Mais tu dois me dire qui les a faites !’ Âmmy Daoud a refusé de dire un mot sur le tailleur. Le fils du Qaïd l'a payé pour les robes malgré tout. Et il a ramené ces robes à sa femme. Et alors toutes les femmes dans sa famille l’ont supplié d’envoyer quelqu’un chercher le tailleur qui a fait ces robes-là, quitte à parcourir tout le pays. Et c’est alors que le fils du Qaïd m’a dit : ‘Tu dois retrouver ce tailleur inconnu. Je le veux à mes côtés et je lui donnerai tout ce qu’il voudra.’ Il m’a fallu tout un mois pour arriver auprès de toi. Maintenant, si tu veux vraiment être heureux, gagner plus d’argent et avoir une belle femme, alors c’est le grand moment pour toi ! »

 

    Tahar ne discuta rien du tout. Il ne chicana sur rien du tout. Il se rendit chez les parents de son apprenti et s’excusa auprès d’eux. Il leur offrit trois poules et un coq et donna au garçon une pièce de monnaie, puis il rejoignit l’inconnu.

 

    Le fils du Qaïd les accueilla à bras ouverts.

    « Je suis heureux que tu sois venu ! » dit-il à Tahar, en resserrant son selham contre lui.

    « Moi aussi, » répondit Tahar timidement.

    « Nous sommes enchantés de te voir chez nous ! Maintenant, S’îd va te donner quelque chose à manger et te faire entrer dans ta chambre, d’accord ? »

    « Merci, nâamass ! »

    Alors S’îd mena Tahar dans une petite pièce donnant sur la cour dans un grand bâtiment. « Attends un instant ! » dit S’îd, faisant signe à Tahar d’attendre à la porte. « Laisse-moi ranger la chambre pour toi ! » Tahar ne dit pas un seul mot. Il se retourna et jeta un coup d’œil à la femme qui était en train de balancer une baratte dans un coin de la cour, et à l’autre femme qui était assise à ses côtés, et qui moulait quelque chose dans un moulin à bras, et aux deux hommes qui, dans un autre coin de la cour, faisaient des paniers en roseau, et puis il était en train de regarder les poules qui furent partout dans la cour quand S’îd sortit de la pièce, et lui dit : « Voilà, la chambre est maintenant prête. Repose-toi bien ! Je vais t’apporter de quoi manger. » 

 

    Une heure plus tard, S’îd revint et cria à Tahar de sortir. Tahar ouvrit la bouche toute grande comme il sortait de sa pièce. Il vit deux chameaux surchargés de maïs non décortiqué. « Viens nous aider à décharger ça ! » dit S’îd. Et puis tous ceux qui étaient dans la cour –hommes et femmes– se précipitèrent vers les chameaux. Tahar se joignit à eux comme ils descendaient la cargaison. Ensuite, S’îd mena les chameaux en dehors de la cour et revint pour se joindre à ceux qui s’étaient déjà mis au travail. Tahar débordait de questions quant à l’origine de ce maïs et la raison pour laquelle il n’avait pas été décortiqué avant…, mais il s’efforça de rester bouche cousue.

 

    Le fils du Qaïd, lui, revint quelque temps plus tard et se tint debout derrière Tahar, lui tapa sur l’épaule, et lui dit : « Viens ! » Tahar sauta sur ses pieds et suivit le fils du Qaïd qui sortait du bâtiment. Puis, le fils du Qaïd se mit en selle et s’éloigna au petit galop sans regarder en arrière. Ne sachant pas quoi faire, Tahar courut après lui. Le fils du Qaïd s’arrêta devant la porte d’une belle grande maison entourée d’un jardin. « Viens ! » dit-il, en descendant de cheval. Tahar se précipita à ses côtés, essoufflé. Et puis, debout au milieu de la cour furent quatre femmes : deux blanches et deux brunes. Le fils du Qaïd saisit Tahar par la nuque et le fit avancer en le poussant vers les femmes, qui souriaient et regardaient Tahar en silence, émerveillées. « Voici le tailleur, » dit le fils du Qaïd, en regardant l’une des femmes brunes. « Dites-lui ce que vous voulez et renvoyez-le au douar. Quant à moi, je vais en ville. » Les femmes ne lui répondirent pas un mot. Elles attendirent jusqu’à ce qu’il fusse parti, et puis la femme brune à qui le fils du Qaïd avait parlé regarda en arrière, et dit : « Passons dans l’ombre ! » Comme elles allaient vers l’ombre, les femmes se chamaillèrent, chacune voulant se placer près de Tahar. Finalement, elles s’alignèrent comme quatre gamines devant lui.

    « Je suis la femme du fils du Qaïd, » dit l’une des deux femmes brunes. Tahar s’inclina légèrement, et marmonna une salutation tandis que cette femme poursuivit : « Et c’est ma belle-mère. » (Elle indiqua du doigt une grande femme blanche dans la quarantaine.) « Celle-ci est ma sœur. » (Elle indiqua l’autre femme brune.) « Celle-là est la cousine de mon mari. » (Elle indiqua l’autre femme blanche.) « Maintenant, dis-nous, quel genre de robe fais-tu ? »   

    « Je fais des gandouras, » dit Tahar d’une voix un peu chevrotante.

    « Tu ne fais pas de takchitas ? » dit la femme du fils du Qaïd.

    « Je peux les faire. Mais j’aurai besoin de l’aide de quelqu’un d’autre. Et j’aurai aussi besoin de beaucoup de matériels prêts à l’usage. »

    « Tu veux dire que tu auras besoin d’un apprenti ? »

    « Peut-être que j’aurai besoin d’un apprenti et d’un homme adulte aussi. »

    « Eh bien, je vais le dire à mon mari. Maintenant, retourne au douar. Nous t’enverrons Mouéna pour te dire ce que nous voulons, d’accord ? »

    « Entendu, Madame ! »

    « Attends un instant ! » dit la femme du Qaïd.

    « Je t’ai dit va-t-en ! » rétorqua sa belle-fille promptement, fixant Tahar du regard.

    Tahar salua pour prendre congé et retourna au douar d’un pas pressé. Il rejoignit ceux qui décortiquaient le maïs et ne bougea pas de sa place jusqu’à ce qu’il en ait reçu l’ordre.

 

    Quand il fut seul dans son lit la nuit, il pensa à Mouéna. L’épouse du fils du Qaïd avait dit qu’elle lui enverrait Mouéna. Contrairement à la grosse bonne femme brune avec laquelle le fils du Qaïd s’était marié, Mouéna avait un visage plutôt agréable. Mais Tahar ne s’intéressait pas à son visage maintenant. Peut-être qu’elle était mariée, étant donné son âge. Elle avait au moins vingt-quatre ans. Et, en plus, elle était la cousine du fils du Qaïd. Ce que Tahar voulait maintenant c’était une personne –n’importe quelle personne– avec qui il pourrait épancher son cœur. Il se sentit profondément humilié. « J’ai quitté Mogador parce que Smaïl m’avait jeté un regard mauvais, » pensa-t-il avec regret. « Et H’sein m’a injurié. Je me suis mis en colère. Mais maintenant le fils du Qaïd a fait de moi un esclave. Il m’a fait courir après lui alors qu’il était à dos de cheval. Je me demande ce qui m’est réservé encore si c’était ça ce qui m’est arrivé au premier jour de mon arrivée ici ! S’agit-il d’une ‘mauvaise surprise’, comme l’a prédit Âmmy Daoud ? » Il soupira. « Si seulement je pouvais aller lui demander de prier pour moi une fois encore ! Mais –hélas ! – je suis à présent un esclave. Je ne peux rien faire. Mais, si ! Tu peux faire quelque chose ! Pourquoi ne pries-tu pas Dieu de te délivrer de tout ce mal ! Ô Dieu ! Je n’ai d’autre Dieu que toi, délivre-moi de ce mal ! Je t’implore !... » Tahar continua de prier jusqu’à ce qu’il eût les larmes aux yeux.

 

    Puis, soudain, il se souvint de sa famille. « Je ne leur ai rien dit, » pensa-t-il. « J’avais la naïveté de croire que je serais heureux ici. Qu’adviendrait-il de mon père et de ma mère si je ne revenais pas dans un avenir proche ? »

 

    Au premier chant du coq Tahar fut éveillé. Mais il ne put sortir de sa chambre jusqu’à ce qu’il ait entendu des voix. Le jour se pointait déjà. Les deux hommes que Tahar avait vu faire des paniers en roseau à son arrivée au douar étaient maintenant assis à côté du tas de maïs. Tahar marcha vers eux avec une certaine timidité et les salua avec un sourire. Dès qu’il fut assis, l’un des deux hommes lui dit :

    « Tu ne vas pas te laver le visage ? »

    « Je ne sais pas où je pourrais le faire, » dit Tahar, ressentant un grand soulagement.

    « Eh bien, il y a un puits juste à l’extérieur du douar. »

    « Je ne l’ai pas vu. »

    « Je vais te le montrer. Tu peux alors puiser de l’eau et boire et te laver à souhait. Le fils du Qaïd ne te dira rien du tout. Si tu veux te soulager, tu peux aller au tas de fumier. C’est derrière le douar. »

    « Puis-je aller maintenant ? »

    « Bien sûr ! Viens ! Je vais te l’indiquer. »

         

    Tahar se soulagea, se désaltéra, se lava et fit ses prières. Puis, il rejoignit les hommes qui décortiquaient le mais, et il attendit Mouéna.

 

    Mouéna vint en fin de matinée. Elle fut accompagnée d’un jeune garçon portant un petit panier dans chaque main.

    « Où est ta chambre ? » dit Mouéna, regardant Tahar de haut, lui qui était en train de décortiquer le maïs.

    « C’est là-bas ! » répondit-il, indiquant de la main la porte de la pièce.

    « Allons-y ! » dit Mouéna, un peu timidement.

     

    Ce fut le garçon qui entra le premier et déposa les paniers avant de sortir. Mouéna le suivit et s’assit sur le lit, tandis que Tahar s’assit sur le sol.

    « L’épouse du fils du Qaïd t’a envoyé des œufs à la coque et du pain dans ce panier, » dit Mouéna, tout en dévorant Tahar de ses yeux noirs.

    « Merci ! »

    « Et dans cet autre panier-là il y a deux pièces de tissu. Fais une gandoura pour la femme du fils du Qaïd ! »

    « Inchallah. Mais, vous savez, j’ai besoin d’un apprenti. »

    « Le garçon qui est à la porte va être ton apprenti. »

    « D’accord ! Mais j’ai encore besoin de quelques autres matériels, tels que le panier à coudre, le fil de coton, le fil de soie, le dé à coudre, etc. »

    « Je le sais. Tu auras tout cela, mais maintenant, je voudrais te poser une question, si c’est possible. Parle-moi un peu de toi. »

    « De moi ? Que voulez-vous savoir de moi ? »

    « Comment appelles-tu ? D’où viens-tu ? Es-tu marié ? As-tu des enfants ? Si tu n’es pas marié, es-tu amoureux de quelqu’une ? Qui est ta bien-aimée ? Pourquoi ne serais-tu pas encore marié ? »

    Surpris de cette soudaine avalanche de questions, Tahar regarda en arrière, et dit :

    « J’ai peur que le fils du Qaïd ne rentre et nous entende. »

    « Le fils du Qaïd est en ville en ce moment. D’ailleurs, il n’y a rien de honteux à ce que je t’ai demandé. »

    « Eh bien, je m’appelle Tahar… » Et il répondit ainsi à toutes les questions, puis il posa la sienne.

    « Et vous ? » dit-il timidement.

    « Eh bien, je t’avais seulement posé une question. Tu n’étais pas obligé d’y répondre. Salut ! »

    Mouéna laissa Tahar bouillir de rage. Elle l’avait bafoué, et il n’eut qu’à l’encaisser. Il ne put laisser voir sa colère. Il n’eut pas le temps de penser à lui-même. Le garçon attendait toujours à la porte. Tahar composa son visage et l’appela.

    « Salut mon vieux ! Comment t’appelles-tu ? » dit Tahar avec un sourire forcé.

    « Je m’appelle Lârbi. »

    « Où habites-tu ? »

    « J’habite dans un douar près d’ici. »

    « Maintenant, tu vas être mon apprenti, n’est-ce pas ? »

    « Oui. »

    « Très bien ! Mais, tu vois, je n’ai que ces pièces de tissu. Comme je l’ai dit à Mouéna, j’ai besoin d’autres matériels. Alors, tu peux partir maintenant. Mouéna va me te renvoyer plus tard, hein ? Au revoir ! »

    Le garçon partit. Tahar s’allongea sur le lit et commença à penser à ce qu’il devrait dire à Mouéna quand elle reviendrait.

    Et il se trouva ainsi à l’attendre impatiemment. Il ne put pas oublier le premier regard qu’elle lui avait jeté. Il ne put oublier qu’elle était entrée dans sa chambre et s’était assise sur son lit et qu’elle lui avait parlé comme un amant et l’avait écouté comme un amant et qu’elle l’avait regardé avec les yeux d’une femme pleine de jalousie. Peut-être que c’était la raison pour laquelle elle l’avait bafoué. Peut-être qu’elle était devenue jalouse d’Ezzahia.

 

    « Je me demande ce qu’Ezzahia ferait si elle savait que tu étais là, » dit Mouéna quand elle revint trois jours plus tard.

    « Etes-vous jalouse d’elle ? » dit Tahar, sans lever les yeux.

    « Oui, » répondit Mouéna, en fixant Tahar du regard.

    Tahar, très surpris, leva les yeux.

    « Pourquoi ? » dit-il.

    « Je n’aime pas que l’on parle d’autres femmes en ma présence. »

    « Mais vous êtes mariée, qu’est-ce que cela vous fait ? »

    « Qui t’as dit que je suis mariée ? »

    Tahar ne trouva pas ses mots. Il ne fit que contempler le visage enjoué de Mouéna qui le regardait tendrement.

    « Qu’est-ce que tu as ? » dit Mouéna soudainement.

    « Je ne sais pas, » marmonna Tahar, en baissant la tête.

    « Bon, je suis venue aujourd’hui parce que je veux que tu me fasses une robe. Voici le tissu. »

    « D’accord, » dit Tahar distraitement.

    A ce moment-là, la main de Mouéna toucha celle de Tahar, et il sentit qu’elle pressait sa main contre la sienne.

    « Le garçon est dehors depuis un certain temps maintenant, » dit-il avec embarras. « Va-t-en, je t’en prie ! Au revoir ! »

    « Entendu ! Au revoir ! »

    Cette fois-ci Mouéna laissa Tahar brûler de désir. Dès qu’elle fut sortie, il attendit son retour, bouillant d’impatience. Mais le jeune garçon ne remarqua rien de tout cela.

 

    Lorsque Tahar fut seul cette nuit-là, les mots d’Ezzahia lui remuèrent le cœur. Ezzahia lui avait dit : « Je voulais que tu aies lavé ton cœur et ton esprit de Zina. » Que lui dirait-elle maintenant si elle savait qu’il était tombé amoureux de Mouéna ?

 

    Et ce fut ainsi que Tahar travailla sur la robe de Mouéna, se donnant à son travail corps et âme. Et si jamais Ezzahia lui apparaissait ou hasardait une remarque ou une menace, il ne ferait que la chasser d’un coup d’émouchoir, comme il faisait aux mouches qui vrombissaient dans sa chambre.

 

    Et Mouéna revint s’enquérir de sa robe.

    « Où en es-tu des robes ? » dit-elle, en s’asseyant sur le lit et faisant signe au jeune garçon de quitter la chambre.

    « Eh bien, la gandoura de l’épouse de ton cousin est presque finie, » répondit Tahar, « mais je travaille encore sur ta propre robe. »

    « Fais-moi voir la gandoura. »

    « Oh, bien sûr ! La voilà ! »

    Tahar ramassa la gandoura, l’étendit et la tint des deux mains de façon à ce qu’elle ait ressemblé à un rideau les cachant lui et Mouéna des yeux de tout intrus inopiné. Mouéna sembla aimer cela. « Regarde comme elle est belle ! » dit Tahar, en jetant un coup d’œil sur les lèvres rouges de Mouéna. Celle-là lança un regard aux lèvres frissonnantes de Tahar, puis à ses yeux marrons, et lui dit : « T’es un lâche. » Tahar laissa tomber la gandoura. Il regarda en arrière vers la porte, puis tourna son regard vers Mouéna, et marmonna : « Pourquoi donc ? » « Tiens la gandoura comme tu l’as fait il y a un instant ! » répondit Mouéna. Les mains tremblantes, Tahar fit comme elle voulait. Puis, il s’approcha un peu plus d’elle, alors qu’elle le regardait d’une manière tentante. Sa bouche fut juste devant les joues de Mouéna. Il tenta de voler un baiser, mais il ne put tout simplement pas. « Eloigne-toi de moi ! » lui dit Mouéna abruptement. Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’il passa un bras autour de la taille de Mouéna et posa l’autre main sur sa cuisse. Elle sourit. Il caressa son dos tandis qu’elle le regardait tendrement.

    « Quand va-t-elle être prête ma robe ? » dit Mouéna d’un ton plutôt grave maintenant.

    Tahar alors ôta son bras du dos de Mouéna, se redressa, puis dit :

    « Je pense qu’elle sera finie d’ici deux ou trois jours. »

    « Très bien, » dit-elle, en se levant. « Maintenant, donne-moi la gandoura. Je reviens dans trois jours. »

    « Tiens ! Mais, je peux te poser une question, s’il te plait ? Qui va me payer pour les robes que je vous fais ? »

    « Je ne sais pas. Demande à Balîd ! »

    « C’est qui Balîd ? »

    « C’est le fils du Qaïd ! » dit Mouéna avec un sourire attrayant.

    « D’accord ! »

 

    Tahar se félicita du fond du cœur de voir Mouéna agir envers lui de cette manière, avec une telle gentillesse inespérée. Ses sourires ne le quittèrent pas un instant toute la journée. Mais une fois la nuit tombée, Ezzahia le tourmenta. Elle refusa tout simplement de le lâcher. « Je voulais que tu aies lavé ton cœur et ton esprit de Zina, » continua-t-elle de lui rappeler––même après que Mouéna fut devenue sa nouvelle bien-aimée.

 

    Il y eut de l’orage dans l’air lorsque Mouéna revint. Il tombait quelques gouttes de pluie comme elle se tint debout dans l’embrasure de la porte de la chambre. Elle eut l’air troublé. « Qu’est-ce qu’il y a ? » dit Tahar, s’élançant en avant pour l’accueillir. « Balîd est dans les parages, » murmura-t-elle d’un ton abattu. Tahar lui-même fut à l’instant démoralisé. « Bon, j’ai fini ta robe, » bredouilla-t-il. « Donne-la-moi ! » lui répondit-elle. Comme Tahar se retournait pour ramasser la robe de Mouéna, la voix de Balîd lui donna la chair de poule.

    « Que se passe-t-il ici ? » dit Balîd d’un ton bourru.

    « Rien, nâamass, » répondit Mouéna avant que Tahar n’eût pu virevolter et répéter ce qu’elle avait dit.

    « As-tu déjà fait des robes ? » dit Balîd d’un air rébarbatif.

    « Oui, nâamass. »

    « Bien. »

    Comme Balîd se retournait pour s’en aller, Tahar s’avisa de dire :

    « Excusez-moi, nâamass ! »

    « Qu’est-ce qu’il y a ? » dit Balîd, toujours avec le même regard noir.

    « Qu’en est-il de ma paie, nâamass ? »

    « Ta paie ? Quelle paie te devons-nous, hein ? Nous t’avons donné un endroit pour dormir. Nous te donnons à manger. Que veux-tu de plus ? »   

    Mouéna sortit sournoisement de la chambre le moment où Tahar répondit d’une voix à peine audible :

    « Nâamass, je croyais que vous alliez me payer. Mais ça fait rien. »

    « Puisque ça fait rien, taie-toi ! »

    Le flamboiement dans les yeux de Balîd le contraignit au silence. Il détourna ses yeux et baissa la tête en attendant que Balîd fût parti. Aussitôt que Balîd quitta la chambre, Tahar se traîna à quatre pattes jusqu’à son lit. Il s’y assit et tint sa tête dans ses mains. « Tu ne me connais pas, » marmotta-t-il. « Je ne suis pas le genre d’homme qui digérerait un affront. Je ne supporte pas d’être humilié par un voleur comme toi. »

 

    Tahar pensa à la vengeance, mais comment ? Il pensa jour et nuit, puisqu’il n’eut rien d’autre à faire. Mouéna n’avait pas pris sa robe ; ce fut seulement le garçon qui la lui avait ramenée. Et elle ne fut pas revenue, à cause de la pluie.

 

    Et il se trouvait que Tahar était allongé sur son lit, en train de penser à sa famille et à Ezzahia, lorsque Mouéna apparut à la porte. « Bonjour ! » dit-elle, en réprimant une envie d’éternuer. « Bonjour ! » répondit Tahar, en se redressant. Il s’assit sur le lit et la regarda. Elle avança de quelques pas et s’assit à ses côtés.

    « Es-tu fâché ? » dit-elle, en se mouchant.

    « Je ne suis pas de bonne humeur, en tout cas. »

    « Comment pourrais-je te mettre de bonne humeur ? »

    « En m’apportant un peu de vin. »

    « Un peu de quoi ? »

    « De vin. »

    « Comment ? »

    « Envoie-le-moi avec le garçon. »

    « Mais je dois d’abord voir comment te trouver du vin. Et après, tu devras choisir entre le lait et le vin. Je ne peux pas t’envoyer les deux dans le même panier. »

    « Fais de ton mieux ! J’ai besoin du vin de toute urgence. »

    « Et tu me feras une takchita ? »

    « Je te ferai une takchita. »

    « La feras-tu ? »

    A ce moment-là, Tahar se tourna vers Mouéna et plongea son regard dans ses yeux. Il caressa ses lèvres brûlantes avec son pouce frissonnant. Puis, il baisa son pouce.

    « Je suis enrhumée, » dit Mouéna.

    « Ne me passe pas ton rhume ! »

    « Je te plais ? »

    « Je t’aime. »

    « Maintenant, écoute, » dit Mouéna, en se détournant de lui soudainement. « Je t’ai apporté des pièces de tissu pour nous faire trois takchitas : une pour la femme de Balîd, une pour sa mère et une pour moi. »

    Tahar, qui caressait sa cuisse pendant qu’elle parlait, ôta sa main brusquement et tint les pièces de tissu, les examina, et dit :

    « Mais ces pièces suffiraient à peine pour faire une takchita ample pour la femme de Balîd. Elle est grosse, tu sais ! »

    « Si ça ne suffit pas, je t’en apporterai davantage la prochaine fois. Pas de problème ! »

    « Il y a pourtant un autre problème, Mouéna. Pour faire une takchita, tu sais, j’ai besoin de fil de soie, de boutons, de sfifa et même de dfira, si vous le souhaitez. Tu ne m’as apporté que le tissu. »

    « Je t’apporterai tout cela la prochaine fois. »

    « Il y a encore un autre problème, Mouéna. Une takchita, ça me prend du temps, tu sais. »

    « Je le sais. »

    Et puis Tahar cessa de faire des demandes. Il mit les pièces de tissu de côté et se tourna à nouveau vers Mouéna. Elle lui fit face, elle aussi, et lui dit :

    « Je ne savais pas que tu étais un buveur. »

    Tahar sourit nerveusement alors qu’il portait sa main au sein droit de Mouéna, sans le toucher.

    « Qu’est-ce que tu fais ? » dit Mouéna avec un sourire gêné.

    A ce moment-là, le garçon regarda par la porte et écarquilla les yeux devant ce qu’il vit, puis disparut derrière la porte.

    « On est fichus, t’as vu ? T’es content maintenant ? » dit Mouéna, le visage rouge d’embarras.

    « Je n’ai rien fait, » dit Tahar pour s’excuser.

    « Mais pour le garçon tu semblais caresser mon sein ! »

    « Je n’ai pas touché à ton sein ! »

    « Au revoir ! Commence le travail sur les takchitas maintenant ! »

    « Bien sûr ! »

    « Et ne dis rien au garçon ! Je vais lui en dire deux mots tout de suite. »

     

    Une heure plus tard, Tahar travaillait déjà sur la takchita de Mouéna. Le garçon l’assistait en silence.

 

    La nuit, il se démena pour comprendre un peu ce qu’il lui arrivait. Mouéna sembla avoir acheté le silence du garçon. « Elle n’a pas froncé les sourcils quand je lui ai dit que je voulais du vin, » pensa Tahar confusément. « J’aurais pu empoigner son sein, et même l’embrasser à pleine bouche si le garçon n’avait pas regardé à l’intérieur. Quel genre de femme est-elle ? Est-ce la femme que tu souhaiterais épouser ?... »

 

    Tahar ne put dormir cette nuit-là, et, au premier chant du coq, il se sentit écrasé de soucis. Il ne put rester au lit. Il quitta la chambre et commença à descendre et remonter la cour nonchalamment. Un des quelques hommes qui travaillaient habituellement dans la cour ouvrit la porte d’entrée, que l’on fermait toujours à clef de l’extérieur. Cet homme-là fut consterné de voir Tahar en train de flâner dans la cour à l’aube naissante.

    « Qu’est-ce que tu fais là ? » dit-il, frappé de stupeur.

    « Ne t’inquiète pas, Âmmy Saleh ! » répondit Tahar avec un sourire incertain. « Je faisais seulement de la marche. »

    « Maintenant, écoute ! La dernière fois je t’ai conseillé de ne pas t’enfuir. »

    « Je ne cherchais pas à m’enfuir. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de m’enfuir. Bien loin de moi cette pensée! »

    « Très bien, je suis ravi que tu aies écouté mon conseil. Mais avant que toute autre personne ne vienne, laisse-moi te donner un autre avertissement. »

    « A propos de quoi cette fois-ci ? »

    « A propos de Mouéna. »

    « Quoi ! Qu’est-ce qu’elle a Mouéna, alors ? »

    « Ecoute, cette femme avait un mari. Ils étaient mariés pendant six ans. Mais, malheureusement pour eux, ils n’ont pas eu d’enfants. Alors son mari a décidé d’aller à la Mecque pour prier Dieu de lui donner un enfant. Et avant de partir, il avait dû divorcer d’avec  elle, comme le veut la coutume. Si tout va bien, il pourrait revenir dans les mois qui viennent et il se remariera avec elle. Et laisse-moi te dire une chose, le père de cet homme-là n’était rien moins que le Qaïd de cette circonscription avant le père de Sy Balîd. Je te préviens encore une fois : ne joue pas avec le cœur de la jeune femme ! »   

    « Merci de m’avoir averti ! » marmonna Tahar, en retournant vers sa chambre d’un pas traînant. Ebranlé, il se jeta au lit. « C’est incroyable ! » murmura-t-il pour lui-même. « Ca va me rendre fou, vraiment. Je n’arrive pas à croire cela. Je ne veux pas le croire. Mouéna est dans mon cœur. Je ne peux pas me la sortir de la tête. Mais tu t’as sorti Zina de la tête. Et tu t’as sorti Ezzahia de la tête. Non, Mouéna c’est autre chose. Mouéna est– » (Il se tint droit.) « Et si c’était vrai ? Qu’est-ce qui est vrai ? Ca m’est égal ! Quelque soit la vérité, Mouéna est là. Elle est dans mon cœur… »

    Tahar était encore aux prises avec ses pensées lorsque le garçon arriva. « Bonjour, Maître ! » dit le garçon, en déposant le panier aux pieds de Tahar. Tahar lui rendit son salut, puis, les mains tremblantes, prit le panier et le mit sur le lit. Il prit le pot et regarda dedans. Ce fut du vin, comme l’avait promis Mouéna. «Que devrais-je faire maintenant ? » pensa Tahar d’un air perplexe. « Je n’ai aucune chance d’échapper. Je dois boire ça, sinon tout le monde le saura. » Il hésita, tout de même, comme s’il n’avait jamais bu de vin avant. Mais voilà qu’il porta le pot de vin à sa bouche, et dans un mouvement de colère, il s’écria soudainement : « Pour qui elle me prend ? » Le garçon le regarda d’un air effaré comme il le fixait d’un regard furieux avant de lui glapir : « Rapporte-lui ce machin et dis-lui que je veux du lait et non pas du vin ! Lève-toi ! Tiens ! Vas-y ! »

    Tahar tremblait de tous ses membres lorsque le garçon remit le pot dans le panier et sortit de la chambre. Saleh entra aussitôt après.

    « Qu’est-ce qu’il y a ? » dit-il.

    Tahar le regarda, les yeux larmoyants, et dit :

    « Je ne sais pas. Soudain, je suis transi de colère lorsque je trouve du vin au lieu du lait dans le pot. »

    « Où est-ce que tu as envoyé le garçon ? »

    « Je l’ai renvoyé à Mouéna. »

    « Pour quoi faire ? »

    « Pour m’apporter du lait. »

    « Tu te trompes si tu penses que tu peux bluffer les gens ici. Tu prépares toi-même ta propre ruine, fiston ! »

    Saleh ne fut pas plus tôt sorti que Balîd lui-même  fit irruption dans la chambre, tenant la main du garçon.

    « Qu'est-ce que tu faisais dans cette chambre, espèce de crapule? » dit Balîd avec hargne.

    « Rien, nâamass! »

    « Parle! » dit Balîd, se tournant vers le garçon.

    « Je l'ai surpris en train de caresser le sein de Mouéna, nâamass, » répondit le garçon, en tremblant de peur.

    « Tu vois? Tu estimes que ça c'est rien? »

    « Je jure devant Dieu que je ne l'ai pas fait! »

    Tahar vit trente-six chandelles lorsque Balîd se rua sur lui, l'emmena de force hors de la chambre en le traînant par les pieds, et quand Tahar tenta de se relever, Balîd le jeta à terre et commença à botter son derrière avec les deux pieds. Et sans attendre un signal, les hommes et les femmes qui étaient alors dans la cour se mirent de la partie. Certains d'entre eux donnèrent des claques dans le dos au pauvre Tahar, d'autres le giflèrent ou lui donnèrent une fessée. Et après avoir bien rossé Tahar, Balîd jeta un coup d'œil autour de lui et cria, écumant de rage:

    « Laissez-le ici! Retournez à votre travail et ne lui donnez ni eau ni nourriture. Il ne le mérite pas. »

    « Entendu, nâamass! » répondirent-ils tous ensemble.

    Les travailleurs saluèrent bas et retournèrent à leur travail. Balîd donna un dernier coup de pied à Tahar et s'en alla.   

     

    Deux jours durant, Tahar n’eut rien à manger ni à boire. Il ne fut pas autorisé à aller près du puits. Et il commença à manger des feuilles d’arbre.

 

    Il ne vit pas le garçon au cours de ces deux jours-là. Personne ne lui parla et il ne put se résoudre à parler à quiconque. Il ressentait une telle honte qu’il ne put même pas se parler à lui-même.

 

    Mais Mouéna revint et le trouva en train de manger des feuilles d’arbre. Le garçon aussi fut avec elle, et il le vit en train de manger des feuilles d’arbre.

    « Pourquoi t’es-tu exposé au ridicule ? » dit Mouéna, en refoulant ses larmes.

    Tahar fut trop ému pour parler. Il fut à bout de souffle. Il regarda le panier que le garçon tenait encore dans sa main. Mouéna se tourna vers le garçon et lui dit : « Donne à ton maître son petit déjeuner ! »

    Les deux regardèrent d’un air incrédule le visage de Tahar, qui fut un peu rongé par la faim. Tahar prit une gorgée de lait, et dit : « Merci ! » « Mange ton pain ! » dit Mouéna, en le lui tendant. Il prit le morceau de pain et commença à le manger en silence. Puis, brusquement, il regarda Mouéna bien en face, et lui dit, plutôt tristement :

    « Puis-je t’épouser ? »

    Mouéna et le garçon furent tous les deux abasourdis.

    « Tu ne veux pas de moi ? » dit Tahar encore, comme s’il avait depuis longtemps réfléchi et décidé de brûler ses vaisseaux.

    « Je suis désolée, je ne peux épouser personne maintenant, » répondit Mouéna avec gêne.

    « Pourquoi ? »

    « Eh bien, tout le monde sait qu’un membre de ma famille est aux Lieux Saints en ce moment, ou peut-être qu’il est sur le chemin du retour. Je ne peux pas me marier en son absence. Je dois attendre qu’il revienne. Ma famille aussi attend son retour. »

    Cette réponse donna à Tahar envie de rentrer sous terre. Il fuit le regard de Mouéna, puis il marmonna d’une voix respectueuse et intimidée :

    « Je suis désolé. »

    « Tu es absolument charmant, Tahar ! » dit Mouéna d’un ton apaisant. « Dieu va certainement t’accorder le bonheur d’avoir la femme de tes rêves ! »

    « J’ai soif, » dit Tahar, en tournant son regard vers Mouéna.

    « Lève-toi ! Dépêche-toi ! » dit Mouéna au garçon. « Apporte de l’eau à ton maître, et sans flâner ! »

    Le garçon sortit de la chambre comme un éclair. Etonnamment, Tahar avança les bras vers Mouéna comme pour l’étreindre, mais elle eut un mouvement de recul, et dit :

    « Non, s’il te plait ! Arrête ça ! »

    Tahar fut atterré par son geste.

    « Mais tu sais que je t’aime ? » murmura-t-il, le souffle coupé par le choc.

    Mouéna ne répondit pas. Elle détourna les yeux et fixa le vide. Et lorsque le garçon revint avec de l’eau, Mouéna fit face à Tahar, et dit :

    « As-tu déjà fini l’une des takchitas ? »

    « Non, » répondit Tahar laconiquement.

    « Bon ! » dit-elle, en se levant. « Nous allons te donner un peu plus de temps. »

        

    Durant une bonne heure, Tahar resta allongé sur son lit tandis que le garçon fut affalé sur le sol.

 

    Quand Tahar reprit le travail sur la takchita de Mouéna il se sentit redevenu homme libre. Un sourire erra sur ses lèvres. Et il gazouilla de joie. Le garçon le regarda avec appréhension. « Tu crois que je suis devenu fou ? » dit Tahar, sentant la confusion chez le garçon. « N’aie pas peur ! Je vais tout à fait bien ! »

 

    Mouéna aussi n’en crut pas ses yeux lorsqu’elle revint trois jours plus tard et le trouva en train de chanter des chants religieux––des chants qu’il avait chantés pour Ezzahia.

    « As-tu déjà fini ma takchita ? » dit-elle avec un sourire sensuel.

    « Elle sera terminée dans trois semaines, » répondit Tahar d’une voix hésitante, sans lever les yeux.

    « Pourquoi tu ne me regardes pas ? » dit Mouéna d’un ton aguichant.

    Un désir soudain de lui rouvrir tout grand son cœur s’empara de Tahar, mais il se décarcassa pour ne pas se laisser succomber à la tentation––surtout que le vérité lui avait déjà crevé les yeux. Alors, il dit simplement :

    « J’ai dit que votre takchita serait prête dans trois semaines, inchallah. »

    « D’accord ! » répondit-elle avec une note de frustration dans la voix.

    Elle quitta la chambre. Tahar releva la tête brusquement. Son cœur battit fort. Le garçon le regarda avec curiosité.

 

    Cet après-midi-là, Tahar et le garçon regardèrent tous les deux, les yeux agrandis de frayeur, comme Balîd entrait par la porte. Mais Balîd leur faisait des sourires. Il eut l’air d’un amant malheureux feignant le bonheur. La peur de Tahar se transforma soudainement en un sentiment d’avoir été flatté dans sa vanité. Balîd le regardait avec les yeux d’un guerrier vaincu.

    « Bonjour ! » dit Balîd enfin, faisant deux pas dans la direction de Tahar.

    « Bonjour, nâamass ! » répondit Tahar d’une voix tremblante.

    « Viens ! » dit Balîd d’un ton amical.

    Tahar suivit Balîd hors de la cour. Les deux allèrent vers le puits.

    « Tu as une autre djellaba ? » dit Balîd, chemin faisant.

    « Oui, nâamass, » répondit Tahar, en essayant de comprendre ce à quoi Balîd visait au juste.

    « Bien ! Je veux que tu te laves et que tu mettes ton autre djellaba, d’accord ? Ce soir, tu iras avec moi à une réception. Il y aura des hommes et des femmes. Essaie d’être respectueux. Si tout va bien, je te rendrai ton cheval et je te paierai pour les robes que tu as faites, hein ? »

    « Entendu, nâamass ! » dit Tahar, piqué au vif par l’étrange promesse de Balîd de lui restituer son cheval.

    « Maintenant, retourne à ton travail ! »

 

    Le désir de vengeance renaquit dans le cœur de Tahar, mais il le réprima. Il eut peur. Il avait remarqué que Balîd n’était plus dans son assiette, et que cela pourrait l’amener à commettre le pire des crimes.

 

    Ce soir-là, Balîd fut un jeune homme  de vingt-sept ans enjoué, plein d’entrain. A le regarder dans sa djellaba et son selham impeccables et son cheval doré, on aurait dit qu’il allait à une réception royale. Et à Tahar il ne dit que de paroles mielleuses. Il lui donna un âne noir, et lui dit jovialement : « Allons-y ! »


Mohamed Ali LAGOUADER

 

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Published by Mohamed Ali LAGOUADER
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commentaires

dani-elle 26/09/2010 18:37



belle plume. @+



ariaga 26/09/2010 12:31



J'ai lu le premier chapitre de votre livre, car c'est un livre, à ce niveau, et je dois dire que je pense que vous êtes un vrai écrivain. Il n'y en a pas beaucoup et si vous trouvez votre
inspiration dans les rêves continuez ainsi, ne changez rien ! Amicalement.



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